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 Le premier sang

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MessageSujet: Le premier sang   Mar Mai 10, 2016 1:39 am

Elle mit longtemps à reprendre la route. La douleur de la vérité, se faisait moins lourde à supporter, perdue par les philosophies naturelles et volontairement détachée de tous les sentiments qui avaient pu la berner, elle ressentait au fond d'elle les reliques de la mort de ses créateurs. Le chagrin se mêlait au souvenir des blessures qu'elle éprouvait.

Quelques temps auparavant, elle avait déjà ressenti quelque chose en elle, quelque chose de très léger qui avait pourtant provoqué un intense malaise ; elle s'était inquiétée, mais elle avait décidé de ne pas se laisser emporter par cette mauvaise impression. Son instinct lui chuchota des mises en garde. Une course éperdue dans un esprit divisé.

Une froide détermination s'était pour autant emparée d'elle. Les fibres de l’âme d’or devait rencontré un être baignés par la lueur d'une obscure magie, pour savoir si l’inconcevable aurait bien lieu, vivais t-elle en sursis ? Deviendrai t-elle dépourvue de compassion et uniquement porteuse de mort, variant de la colère à la jubilation malsaine comme le fut l’un de ses créateurs?

Lumen étouffa un soupir en portant à ses lèvres son doigt meurtri. Pourquoi tout se devait-il d'être toujours aussi compliqué ? Elle avait fui cette triste vérité, répondant à l'impératif de la survie sans s'interroger sur la suite des événements. elle n'avait pu emporter avec elle que quelques maigres provisions dont aujourd'hui il ne restait presque rien. Une semaine auparavant elle avait bénéficié de la bonté d'un couple de fermiers mais n'avait pu se résoudre à rester trop longtemps sous leur toit. Elle ne pouvait plus remettre son sort entre les mains d'autrui. Elle était dorénavant persuadé qu'en ce monde on ne pouvait survivre que par ses propres moyens.

C'est dans cet état d'esprit que Lumen pénétra dans un hameau bordé de montagnes et d'une épaisse forêt. Elle prit la direction de l'auberge par habitude. Elle mettrait en gage un de ses bijoux dans des jeux de magie pour gagner de quoi passer une nuit au chaud. Après quoi elle s'en irait, repartant sur les routes en direction d'un destin indéterminé. Elle sut cependant en pénétrant dans la grande salle que cette fois les choses ne se passeraient pas comme prévues.

- ... Je vous en supplie ... Je n'ai que ma fille ... Si de l'argent peut vous décider je vous donnerai toutes nos économies...

Les hommes l'observaient sans réelle pitié dans le regard, mais au fond de leurs yeux se trouvait un vide insondable.

- Combien ?

La salle se retourna sur la nouvelle arrivante dont l'intervention avait fait sursauter la moitié de l'assistance tant l'atmosphère était pesante.

- Combien d'argent un paysan peut-il bien posséder ?

Un des hommes, visiblement choqué par le ton employé de Lumen, avait manqué de se lever avant que son ami ne l'interrompe, lui indiquant du regard les immenses cornes qui trônait sur le visage de l'étrangere.

- Vous êtes chanceux, paysan. Il se trouve que je suis beaucoup plus intéressé par les cornes de cette douce créature. Il se redresse, tapant du poing sur sa paume, puis se stabilise, à nouveau maître de la situation. Je me vois dans l’obligation de vous les prendre sans aucune négociation possible jeune fille.

Sans se retourner, elle souffla :

« Prenez garde à la poupée d’or et de cendre. »

Les dés étaient jetés. Il s'en prenait à celle qu'il n'aurait jamais dû. Cet effrayant jeu venait de débuter.

Il la considère quelques instants, avant de rire aux éclats. Il finit par s'interrompre et déclare, sans une once de moquerie dans la voix :

- Tes intentions n'ont aucune importance.

Elle posa sur le comptoir une pinte d'un liquide trouble et vaguement mousseux avant d'y adjoindre un morceau de pain et une tranche de lard. Un silence de plomb régnait dans la pièce, seulement perturbé par les bruits de déglutition de la poupée d’or. Les visages de l'assemblée s'étaient décomposés, tous se trouvant confrontés au constat de leur propre lâcheté.

- C'est bon pour moi, dit enfin Lumen, se redressant avant de se diriger vers la sortie.

Le froid mordait ses joues. Le vent s’enroulait autour d’elle, heureux de pouvoir caresser un obstacle fait de chair et d’os.

Face à elle, cette homme. La stature imposante, une queue à la fourrure épaisse et la musculature présente, il détenait la carrure typique de notre peuple. Ses yeux, perçants et assoiffés de pouvoir dégoulinaient d’un mépris sans faille dont elle était destinataire. De prime abord c’est homme à la force magique développée et un adversaire de taille. Lumen en avait tout bonnement conscience. Il n’était pas guerrier né, mais savait se battre et avait déjà ôté la vie auparavant. Il approchait la quarantaine d’années mais avait encore une certaine vigueur et surtout, l’expérience.

La jeune femme analysait la situation avec objectivité. Son adversaire avait de nombreuses forces, mais également des faiblesses. La première et la plus visible était sa façon de la sous-estimer. Pour lui, Lumen était aussi insignifiante qu’un insecte et aussi fragile qu’une biche. Sans défense. Elle bénéficiait de l’agilité et de la vitesse, avantage considérable face à un être aussi imposant. De surcroît, elle avait subi un entrainement conséquent depuis sa plus tendre enfance. Sans oublier son éducation, éveil de l’esprit intarissable.

Des rires chatouillèrent l’homme. Ses sourcils se froncèrent instinctivement sans qu’elle ne daigne adresser le moindre regard à la plèbe méprisante. Arracher la vie du bougre devant elle était la seule issue, l’unique solution pour rester en vie.

- Au moins tout cela sera vite terminé.

Par le poids des émotions, la maîtrise était plus difficile. Les choix de plus en plus douloureux. Néanmoins, condamné à être celle qui guiderait dans l’ombre les plus grands, elle se laissait guider dans l’éternelle abnégation. Dans l’abandon. Dans  le sacrifice de son ame.

Après quelques secondes de silence pesant, Lumen chargea, dans une volonté de surprendre, de mener la danse. Le comportement de son adversaire était bien évidemment prévisible. Il renforça sa position, laissant son pied d’appui s’enfoncer un peu plus dans la terre gelée. Il plia son genou droit, plaça un bouclier d’énergie devant son buste, prêt à encaisser un coup qu’il estimait de faible intensité. Par réflexe, il pointa une dague, espérant porter dès les premières secondes le coup fatal qui ferait gicler le sang sur cette chevelure dorée.

Arrivée à sa hauteur, Lumen positionna un voile d’or au niveau de son visage et sentit la lame s’abattre sur celle-ci, tandis que l’entrechoquement du métal laissa un tintement aigu filtrer l’atmosphère. La rapidité était de mise. L’anticipation également. Elle continua d’exercer une pression sur le bouclier d’énergie, soulevant légèrement le bras de son ennemi. Furtivement, elle se laissa glisser, profitant de l’ouverture qu’elle venait de se créer pour échapper à l’attaque de son adversaire.

Relâchant son emprise, elle créa un bouclier métallique devant sa poitrine, alors que le coup de l’homme se fit violence. Les deux boucliers s’embrassèrent dans un sons désagréable. La jeune femme força sur ses appuis pour garder son équilibre, tandis que ses membres vibrèrent sans douceur. Elle serra la mâchoire, et plongea son regard dans le sien. Il lui adressa un sourire possédé par une arrogance infinie, persuadé de dominer la femme qui se trouvait devant lui. Elle resta de marbre.

Elle laissa son bouclier métallique riper, afin de se dégager. Son corps relativement léger et agile s’extirpa de la zone de danger, et par un pas chassé rapide, elle s’éloigna quelque peu de son adversaire. Ce dernier baissa sa garde, observant sa méprisée avec une lueur détestable dans le regard.

- Je pensais arracher tes cornes, mais tes yeux arrogants me feront certainement plus plaisir.

- Tu parles trop.  

Ses membres se crispèrent alors qu’il sentait son ego égratigné. Et ses yeux luisaient de colère. La jeune femme, pour sa part, resta impassible, enserrant la concentration dans son esprit. Le sang-froid était une défense quasiment indestructible, impénétrable. La volonté, une arme sans faille. La respiration calme, contrôlée, Lumen se repositionna.

Elle laissa l’adrénaline voguer dans son sang, se délectant de l’énergie qu’elle lui procurait. Elle se sentait vivante. Plus vivante que jamais. Et le désir d’arracher la vie à cette homme, de faire couler son sang et d’entendre sa douleur faisait palpiter son coeur. Elle se sentait bien.

Dépourvue du physique traditionnel de son peuple, elle en détenait cependant les principaux traits de caractère.

L’homme s’élança. Leurs boucliers s’embrassent de nouveau, à plusieurs reprises, tels des amants épris d’un désir ardent. Lumen jouait de son agilité pour faire valser son adversaire qui était bien plus lent qu’elle. D’un voile d’or, elle échappait à ses coups magiques, in extremis. Lui, pour sa part, encaissait toutes ses attaques avec aisance. Leurs faiblesses et forces étaient à l’opposé, mais l’équilibre était presque atteint.

Puis vint l’instant de l’ouverture. Il n’avait pas anticipé le coup et n’avait certainement pas eu le temps de le voir. Lumen le harcelait sur tous les fronts. Elle créa une immense lance d'acier, la lames légères de cette dernière, affamée, goûta à la cuisse du tyran. Elle s’y nicha, allègrement, entaillant la peau sur toute la largeur de la jambe. Elle prit soin de noyer sa lance dans les profondeurs de la chair. La réaction de son adversaire fut vive et violente. Avec un cri de douleur à moitié étouffé, il propulsa sa dague sur la poupée dorée. Elle se nicha dans l’abdomen de Lumen.

La respiration coupée, elle s’écrasa sur le dos sans douceur, accentuant plus encore ses difficultés à déglutir. Elle cracha de la salive, tandis que la toux chatouillait sa trachée de façon désagréable. Au loin, elle entendait sa lance rebondir sur le sol, dans un tintement métallique qui semblait signer son arrêt de mort. Ses prunelles fixèrent le ciel bleu, tandis qu’elle cherchait de l’oxygène comme l’on cherche le plus beau des trésors. Elle discernait des rires. Elle entendait son sang tambouriner dans ses tempes. Et cette douleur lancinante. Continue. Le moindre mouvement semblait être une torture.

Elle était à sa merci, il s’esclaffait, vainqueur autoproclamé. Il ignorait simplement qu’il avait à ses pieds la femme la plus bornée de Zélod. Le silence s’imposa alors, tandis qu’elle cherchait encore de l’air. Ses mains froides serraient son ventre meurtri. Par chance, son métal dorée avait limité les dégâts.

Elle serra la mâchoire, refusant de laisser le moindre hurlement s’extirper de ses lèvres. Lumen ne lui offrirait pas sa douleur sur un plateau d’argent. Elle la gardait pour elle, précieusement. Il creusa dans sa corne, et le sang se déversa langoureusement sur sa peau, la réchauffant.

- Je vais saccager ce visage. Te faire crier de douleur. Te détruire. Le ton était sadique. Il jubilait. Elle souffrait.

La lame s’éloigna imperceptiblement de sa peau. Et la poupée d’or vit dans ce moment son unique chance de survie. L’adrénaline qui parcourait chaque parcelle de son corps fut la clef de son salut. Elle roula sur le côté, faisant abstraction de la douleur, échappant ainsi aux mains assoiffées de sang. De son sang.

Ses créateurs l’accompagnaient dans ce combat tragique, preuve en était la présence d’une de ses lames, à quelques pouces de son corps endolori mais vivant. Son bras devenue une lame jaillit soudain de ses longues manches, filant droit vers la nuque de l'homme. La chaire était tranchée de long en large.

Son adversaire se laissa attirer par le sol dans un tintement aigu. La douleur était la cause de cette chute. Ou était-ce la surprise ? Lumen ne tenait plus la forme de son bras en lame. Mais la rage le gagna rapidement et Lumen sentit ses doigts froids mais puissants se refermer sur sa nuque. Il la força alors à se relever, provoquant un gémissement de douleur incontrôlé. Il voulait la réduire en miette. Elle souhaitant le transformer en poussière.

Dans un geste désespéré, elle donna à son esprit les dernières forces, laissant la lance au loin se mouvoir et filer à la rencontre du corps de son adversaire. Mais elle glissa, laissant un crissement résonner à ses oreilles..

Dans un dernier élan, Lumen rassembla toute son énergie pour permettre à la lance de déguster pleinement la chair de l’homme. L’os émit un craquement et le fer s’infiltra dans les profondeurs de ce corps, perçant ainsi divers organes, laissant le sang sombre se répandre sur le cuir de ses vêtements, sur les mains glacées de son assassin.

Il ne laissa aucun hurlement s’extirper de ses lèvres. Fier et hautain, il les garda au fond de sa gorge, tandis que la vie s’éloignait. La pression qu’il exerçait jusqu’alors sur sa nuque s’estompa à mesure que le poids de son corps l’écrasait. Elle l’entendait encore respirer. Des râles qui n’étaient désormais plus que des murmures. Un hoquet. Un spasme. Et le néant prit possession de ces yeux.

La jeune femme laissa le corps s’écrouler sur le sol, comme les feuilles tombent des arbres à l’approche de l’hiver. Elle observa ce qui fut quelques secondes auparavant un homme et qui n’était plus qu’un cadavre. Il n’était plus rien.

Ce fut le premier sang de la poupée dorée et de cendre.

Certains forgent leur caractère tout au long de leur vie, exerçant, apprenant et changeant tout au long de leur vie. Pour d'autre, ce n'est pas si simple. Enfants de leur propre notion et esclaves de leurs pulsions ils passent leur vie à combattre ce qui les définit, par faute d'inadéquation avec le monde qui les entoure ou simple dégoût d'eux-même. Et enfin il existe ceux qui font corps avec ce qu'ils sont. Vous l'aurez compris, Lumen appartient à cette troisième catégorie.
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