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 Poupée d'or et de cendre

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MessageSujet: Poupée d'or et de cendre   Dim Mai 08, 2016 5:53 am

Une musique s'élevait au loin, par-delà les lignes exiguës des rues que Lumen était en train de traverser à pas lents. Les maisonnettes aux toits de chaume se dressaient fièrement, animées de la grâce particulière et bucolique d'une campagne préservée.

Cette ville reconnus par tous et dans le monde entier comme le fleuron des arts musicaux.. Reconnus pour la beauté particulière de leurs terres souvent recouvertes de nuages et de mélancolie...

Des Kitsune de tout âge, car elle les voyait à présent, dansaient en ronde autour d'un immense feu sur la place centrale, autour des musiciens qui laissaient les notes s'élever dans l'air. La lune était haute, à l'un de ses quartiers ascendants et pourtant, tout le village semblait encore vivant, loin d'être endormi par les brumes qui flottaient ici-bas et qui recouvraient les collines, les plaines et les montagnes de ce paysage particulier.

Grisés, par la bière et les spiritueux, tous semblaient enthousiasmés par la musique qui retentissait et qui réchauffait les cœurs perdus dans la mélancolie. Point de fourrures, ou de capes épaisses. Les joues étaient rosies par la boisson, ou par l'activité. Les mains se joignaient, puis se quittaient, les rires éclataient tels des oiseaux écarlates qui s'envolaient vers le ciel et au-delà de l'obscurité.

Lumen souriait.

Si le chemin avait été long et sa fatigue grande, parce qu'elle n'était revenu que depuis peu lorsque Ksol son Maître de magie avait décidé de lui mettre en tête de trouver l’origine de ses cornes dorée, un sentiment de béatitude l'envahissait. La mélodie ralentit durant un moment, traînant d'une certaine langueur les mémoires de ce peuple si particulier... Des regards s'échangeaient, des sourires apparaissaient, des révérences se faisaient... Puis le rythme accélérait.

Elle s'élança ensuite vers la bibliothèque que lui avait décrit Ksol. « La personne que tu devras rencontrer y sera, normalement... Je ne sais pas qui c'est, ni à quoi il ressemble. » avait-il précisé, s'excusant ensuite du manque d'informations sur l'individu. Elle saurait retrouver cet homme - à moins que cela soit une femme, quoiqu'elle en douta fortement. Si son futur interlocuteur avait l’œil, il verrait et serait intrigué par ses cornes, et comme celui-ci devra certainement détailler chaque énergumène présent dans la bibliothèque, il finirait bien par la remarquer... Et s'il lui voulait du mal, comme l'appréhendait Lumen, l'un d'eux mourrait.

La porte de la tour est de bonne facture, fine et élégante, parcourue de délicates gravures, annonce simple de ce qu'elle dissimule. Sitôt passée, est dévoilé un monde aux couleurs plus profondes et sombre, dans lequel s'enfonce un escalier fait d'un bois lisse aux lignes épurées, surplombé par de multiples gravures aux origines, styles et sujets divers, qui accompagnent l'invité dans sa décente, à la faveur de la lumière de globes suspendus au plafond. Ce dernier conserve sa part d'ombre, composé d'arche entrelacées au motifs végétaux. Ce "couloir" qui n'a de cesse de s'enfoncer finit par mener à un embranchement, puis un autre, puis un autre... Les choix effectués pourront mener à des chambres comme au maître des lieux. C'est là un petit monde caché, dédié à la connaissance, à sa préservation après qu'elle eut été recueilli sur le terrain au fil des siècles, ou hérités de divers mentors. Cette richesse était partagée avec les Zélodiens, des gens de confiance à qui la porte de l'érudit serait toujours ouverte... A la condition qu'il soit présent.

Dans ce lieu fermé, le calme régnait le plus souvent. Quelque part coulait un peu d'eau, qui se trouvait près de la porte d'entrée pouvait vaguement percevoir les rumeurs de la vie au dehors, le souffle du vent... Dans une autre direction, une plume grattait le papier, des feuilles étaient tournées. Malgré le silence qui régnait ailleurs, les lieux semblaient posséder une vie propre, ce qui pouvait être pris pour une absence de son étant en réalité un souffle imperceptible. Et ce souffle fut brutalement interrompu par des coups à la porte, dont le bruit se propagea d'une curieuse façon, agréable malgré ce qui apparaissait comme de la brutalité, en comparaison de la sérénité des lieux. Dans la forêt sculptées dominant l'escalier, quelque chose remua.  Un temps silencieux. Puis le bibliothécaire se redressa brusquement, quittant son bureau avec hâte, faisant s'envoler quelques feuilles sur son passage.

Voilà une âme a la recherche de réponses. Et quelque chose me dit que ce n’est pas le genre de bagatelle qui se règle avec un peu de magie.

Confuse, Lumen ne répondit pas immédiatement. Sa chevelure pâle retenues en une queue de cheval légèrement défaite, quelques mèches s'égarant sur ses cornes d'un or au reflets d’acier. La lumière de la lune entra à flot dans l'intérieur à l'éclairage diffus, dessinant deux longues silhouettes dans l'escalier descendant.

Je compte repartir dès que j’en aurais l’occasion, précisa-t-elle avec froideur. Je ne veux pas avoir à vous rembourser quoi que ce soit et je ne saurais être un danger pour qui que ce soit, ajouta-t-elle en pensant que son début de réponse avait peut-être été trop agressif.

Étrangement, il fallut un certain temps à l’homme avant de penser à une réponse. Non pas parce qu’il ne parvenait pas à trouver les mots adéquats, mais plutôt parce que la sincérité de la jeune femme l’avait quelque peu surpris.

- Je crois que la plupart des gens diraient un peu confus… Oui, un peu confus me semble relativement juste, expliquait-il de sa voix morte. En quoi puis-je t’aider jeune fille ?

Prise au dépourvu par la question, Lumen est silencieuse un moment, méditant sur la bonne façon de répondre. La réponse était si vaste... et elle éveillait plusieurs sentiments contradictoires chez la jeune femme, qui répondit avec difficulté.

- A quoi rime mon existence? Pourquoi suis-je si différente de nos semblables ? Le fait de prononcer ces mots à voix haute fit frissonner Lumen.

Lorsqu'elle posa cette question, l’homme ne put s’empêcher de plonger son regard dans le sien et un torrent de souvenirs se déversa dans son esprit. Il avait du mal à garder le contrôle du fil de ses pensées et sentit qu’un air songeur avait pris possession de son visage. Quelque chose n’allait pas chez lui, quelque chose n’allait pas depuis qu’elle avait posé un pied dans cette tour, jamais dans sa vie il n’avait été en proie à ce… Quel était le mot adéquat ? C’était comme si son esprit se déchirait en petit morceau, laissant resurgir toutes sortes de souvenirs qu’il croyait perdus.

- Le savoir est dangereux, il ouvre des failles. Mais ... comment se prémunir d'un péril qu'on ignore ? Pour nous, qui vivons dans le monde, en accord avec lui, c'est une illusion. La tentation de l'inconnu est trop grande.  Je vais t’accorder le savoir, rend toi au deuxième étage, quatrième porte.

Il se rassit immédiatement, laissant pulluler les questions dans son esprit, légèrement perturbé par la possibilité d’avoir enfin trouvé une piste valable, elle laissa couler son regard sur ses mains, elles tremblaient légèrement, elle tourna la tête en direction de le l’étage, la légère brise qu’elle sentait depuis tout à l’heure animait la chevelure de la jeune femme, faisant glisser très délicatement ses cheveux sur son visage. Quelque chose d’étrange habitait son regard, comme si un voile s’était posé dessus afin de le rendre un peu plus terne, rappelant par la même occasion à les nombreux moments où il avait pu apercevoir des visages affligés de cette même lourdeur. Elle n’était pas sûr de la théorie qui se mettait lentement en place dans son esprit, mais elle suspectait que derrière cette façade se cachait un événement qui avait profondément marqué ses origines.

Les lieux étaient anciens, et peu occupés en général. Cela se sentait. Une sérénité fixe, celle du bois qui ne respire plus. Il y avait de nombreux livres et registres inconnues de Lumen, elle tourna encore quelques pages, remontant encore dans le temps. Elle lisait parfois une phrase à la volée, des bribes du passé souvent sans grand intérêt à présent. Puis son regard s'arrêta sur une nouvelle page.


~ Ma plume tremble entre mes doigts et je ne sais si l'encre pourra tenir sur le parchemin tant il est mouillé de mes larmes. Mon cœur saigne, car aujourd'hui nous avons fait nos adieux, à l’un des plus grands mages que Zelod ait eu. Je n'ai connu la vie que sous son ére, mais je sais qu'il était l'un de nos protecteurs les plus exceptionnels. Malgré toutes les souffrances qu'il a pu endurer à cause de ce maudit mage noir, il s'est toujours montré aimant et tolérant, préférant trouver un terrain d'entente qui puisse favoriser l'amitié. Il nous a tous aimé de la même façon qu'il a aimé son fils et sa femme, nous étions autant son peuple que ses enfants et aujourd'hui, nous pleurons sa mort comme celle d'un père.
Je me rappelle cette marée blanche de Zélodiens en larmes, les lamentations et les prières. Comme toutes les autres, ma robe était blanche comme la première neige, sans aucune autre couleur. Je n'avais pas attaché mes cheveux et je ne portais pas une tenue de fête, car nous étions là pour pleurer le départ de notre amie. Je crois me souvenir de ma mère en pleurs, mais je me rappelle surtout que l'un des seuls visages secs était celui de son fils. Je ne doute pas de la profondeur de sa souffrance, mais je m'interroge sur la froideur de son cœur pour que même la mort de son père n'arrive pas à en faire fondre une partie pour la transformer en larmes. ~


Lumen arrêta sa lecture à cette phrase et referma le journal. Dans un froissement discret de tissu, la jeune femme se leva pour aller ranger l'ouvrage sur une étagère en hauteur, et pris de nouveau l’escalier en direction du bibliothécaire. Un pâle sourire étira ses lèvres pleines. Il ne dissimulait pas la tristesse qu’arborait alors son visage. Après un long moment où aucun mot ne vint franchir la barrière de leurs lèvres, Lumen, déclara enfin. Presque agacée…

- Me direz-vous un jour ce qu’il est arrivé ? Pourquoi m’avoir fait lire cette ouvrage des temps anciens ?

- Mon Maître ma bien enseigné d'anciennes légendes mais comment puis-je te résumer deux cent ans de vie ?... Je ne sais même pas par où commencer… Il y a bien des détails que j’ai sûrement oubliés… Comme si tu te rappelais de tes dix ans ! Imagine donc… Autant.

- Contentez-vous de l’essentiel, dans ce cas ?
Il fallut bien du courage à Lumen, et bien des minutes passées à regarder ailleurs pour ravaler ses larmes, pour ne pas qu’elle les laisse couler devant lui. Une énième pause, un soupir… Le bibliothécaire débuta.

- Le monde était démonté, les tempêtes faisait rage. Les murs des maisons s’écroulés violemment sous la force terrible des vents qui les lacéraient sans répit.
Rien n'avait pourtant pu laisser présager qu’un Mage noir allait déchaîner les éléments. Pourtant, les Zélodiens hurlaient et paniquaient d'autant que les murs ne pouvaient plus être remontées. La fin était proche. La frayeur face à la mort se lisait sur les faces de tous les renards. Des cris retentissaient dans les roches qui se projetait sur eux et se perdaient dans l'immensité de cet ouragan qui les frappait. Mais une lumière immense se dessina au-dessus du ciel sombre qui persistait. Un guerrier Zélodien leva sa main gauche et leur fit signe de partir immédiatement. Ils s'exécutèrent tous, sans poser de questions, bien que l'incompréhension se lisait sur leurs visages.


Ses propres mots lui semblèrent faux, mais il ne se découragea pas pour autant. Il fallait qu'il lui explique maintenant, avant de perdre toute contenance.

Leurs magies, quant à elles, se caressèrent, se rencontrèrent et s’entrechoquèrent plusieurs fois, laissant des échos d’énergie résonner dans l’atmosphère. Leurs regards se croisèrent un instant. Le mage noir était possédé par une folie inqualifiable et rongé par une soif de pouvoir. Il lui adressa un sourire fou, avant de relever son visage vers la foule. Il cherchait un plébiscite. Il voulait que les corps en charpies l’acclament.

L’instinct de survie lui donna la force nécessaire pour lutter. Les ecchymoses et les courbatures ne pouvaient arrêter sa course folle vers la vie. Trop occupé à rire et à jouir d’un pouvoir qu’il ne possédait pas encore, il avait laissé le guerrier filer. Le guerrier ne comprit pas l’ensemble de ses gestes. Sa magie allait bien plus vite que ses pensées. Ses doigts enserrèrent une épée de lumière courte et par un mouvement rapide, sec et scrupuleux, il la fit glisser sur l’arrière du genou de son adversaire. L’artère était évidemment sectionnée.


Il regardait son visage se décomposer un peu plus à chaque phrase, même lui pouvait palper la douleur qui émanait de son récit. Elle lui faisait penser à un récipient en bois dans lequel on aurait mis trop d’eau et dont les planches s’écartaient, laissant transpirer quelques gouttes qui attaquaient les parois jusqu’à former de minuscule trous au travers desquels les gouttes se transformaient en ruissellement, puis en petit jets. La métaphore pouvait paraître étrange et grossière, mais elle n’en était pas moins juste. Pendant un instant, il releva une nouvelle fois le regard vers le murs  avant de le replonger dans celui de Lumen, remuant ses lèvres sans parvenir à en expulser le moindre son avant quelques longues secondes.

Mais le combat n’étais pas fini, du moins pas complètement. Le mage le saisit de ses deux mains, bien décidé à le posséder avant de le tuer. Sortant alors de cette fausse torpeur, il saisit son cou et y planta la lame jusqu’à la garde. Néanmoins le cœur du combattant valeureux battait toujours et il en profita pour lui glisser quelques mots.
                                 
Nos regards vont s’éteindres, nous allons disparaître toi et moi, mais certainement pas mon essence magique.


Lui restant un infime instant interdit, il prononça quelques mots de sortilège.
Une énergie blanchâtre se forma à la suite d'une accrétion de son âme arrachée a son corps, tout son pouvoir était là, destinée a un prochain être. Le sang du guerrier se déverser aussi rapidement que l’eau dans une rivière en crue, incapable d’inverser le processus, dans un dernière effort il arracha un bouton d’or de ça tenue, qu’il jeta difficilement dans le flux énergétique.


Le poing de Lumen interromps en frappant le mur. Une seule fois, mais d'une violence extrême. La paroi aurait été de pierre, elle s'en serait mutilé les phalanges, mais elle n'est que de bois. Elle refrène son hurlement de rage, de justesse. Son sang bouillonne. Face à elle, il détourne le regard.

- Pourquoi de l’or ?! Dit elle en se contentant de le fixer du regard. Les yeux de l’homme s'écarquillent, alors qu'elle réalise enfin les implications de cet étrange présent.

Il hésite, pendant de longs instants, avant de prendre la parole sur un ton neutre et froid.

- L’or symbole de pureté, un mélange ingénieux. Une essence dissimulée par une autre.

- Alors quoi, maintenant ? Quoi ? Je suis une vulgaire réincarnation ?

Il reste impassible devant la colère de la jeunne fille. Son manque de respect lui aurait d'ordinaire valu une réplique cinglante ... mais pas cette fois.

- Tu es une poupée d’or et de cendre Lumen. Loin d’une créature façonnée avec fantaisie et malice, incapable d’exprimer autre chose que le vide absolu. Tu as seulement hérité des cornes en référence du sombre destin de ce mélange. Tu es un symbole très élaboré, complexe.

Dans des mots voilés, elle laissait entendre le patrimoine pernicieux de sa propre présence et des horreurs qu'elle menait avec elle. Lumen effleurait à peine les contours d'un danger, d'un fluide corrosif qui allait s'épancher, puis s'étendre insidieusement au cœur des terres de Zélod, tout comme ce métal précieux qui avait rendu avides et fous les plus sages d'entre tous.

La nuit s'était écoulée, presque paisible et coupée par les cris de quelques animaux sauvages, là-dehors. Soucieuse, car elle l'était, la jeune fille avait laissé sa tête dériver dans de très lointains confins, hantée par les probabilités d'un drame naissant pour elle. Combien de chances pour qu'elle réchappe au poisons de son âme ?

Elle s’incline, joignant les poings pour signifier sa résolution. Les larmes lui viennent aux yeux. Ses lèvres s'ouvrent, mais les mots franchissent difficilement ses lèvres.

- Je vous dois énormément, je vous remercie mais il n'y a plus rien pour moi, ici.

Lumen tourna alors les talons, sentant que sa place n’était plus ici. Il était temps pour elle d’abandonner l’expression de son enfance. Cette période était révolue, réduite à l’état de poussière. En refermant la porte, elle inspira longuement, heureuse de retrouver un air plus respirable, satisfaite de pouvoir laisser la source de ses réminiscences derrière cette porte, sans plus jamais avoir à se confronter à elle.

Mais la mémoire a une force incroyable et insoupçonnée. Elle se niche au plus profond des nimbes de l’esprit, s’y noie, donnant l’impression que jamais plus elle ne refera surface pour venir vous frapper. Or, elle revient, se propulsant vers l’instant présent avec la force d’un guerrier né, avec l’ambition d’un roi et la détermination du vivant face à la mort. Elle frappe, telle une épée embrassant un bouclier avec violence.

Elle frappe.

Vous extirpant de votre confort. Ne vous laissant aucune once de répit.
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